Le retour de Mladic en Serbie rouvre le débat sur la mémoire de la guerre dans les Balkans

Jian Oren
Publié 4 septembre 2026 · 3 vues
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Le retour de Mladic en Serbie rouvre le débat sur la mémoire de la guerre dans les Balkans
Editorial Collage

Le retour du corps de Ratko Mladic en Serbie rouvre le débat sur la mémoire de la guerre dans les Balkans, entre héros militaire et criminel de guerre condamné.

Le corps de l'ancien commandant de l'armée serbe de Bosnie, Ratko Mladic, a été rapatrié de La Haye à Belgrade le 3 septembre à bord d'un avion du gouvernement serbe. Drapé d'un drapeau serbe, son cercueil a été reçu par des soldats, son fils et des représentants des autorités serbes avant d'être transporté à l'hôpital militaire pour une autopsie.

Mladic est décédé le 27 août à l'âge de 84 ans, alors qu'il purgeait une peine de prison à vie pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie. Son retour en Serbie intervient avant ses funérailles à Belgrade, qui deviennent déjà un événement politiquement chargé et un nouveau test pour la manière dont le pays traite l'une des figures les plus clivantes des guerres yougoslaves.

Une figure au centre de récits concurrents

Le rôle de Mladic dans la guerre de Bosnie a été fermement établi par les tribunaux internationaux. En 2017, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie l'a condamné à la prison à vie après l'avoir reconnu coupable de génocide à Srebrenica, où environ 8 000 hommes et garçons bosniaques musulmans ont été tués en juillet 1995. Sa condamnation a été confirmée en appel en 2021, concluant ainsi définitivement les procédures judiciaires à son encontre.

Pourtant, le verdict du tribunal n'a jamais réglé le débat sur la place de Mladic dans la mémoire publique serbe. Pour une partie de la société serbe, il reste un héros militaire plutôt qu'un criminel de guerre condamné, et sa mort a suscité des manifestations publiques de soutien en Serbie et en République serbe de Bosnie. Son retour à Belgrade est donc devenu plus qu'une affaire privée familiale, exposant une fois de plus le profond fossé sur la manière dont les guerres des années 1990 sont commémorées.

Des funérailles aux implications politiques

Mladic doit être enterré à Belgrade le 7 septembre, après une cérémonie commémorative à la Maison de l'Armée. Les médias serbes ont rapporté des attentes d'une forte affluence, ce qui laisse présager que les funérailles pourraient devenir une manifestation publique majeure plutôt qu'une simple cérémonie privée.

La question des honneurs militaires officiels a ajouté une couche supplémentaire de controverse. Les partisans de Mladic évoquent son ancien grade de général serbe, tandis que les organisations de défense des droits de l'homme et les représentants des victimes s'opposent à toute tentative de glorifier un homme condamné pour génocide. Ce différend reflète une question plus large : l'État serbe considère-t-il Mladic principalement à travers le prisme de son service militaire ou à travers les verdicts rendus par les tribunaux internationaux ?

Le président Aleksandar Vucic a soutenu le retour du corps de Mladic en Serbie et a précédemment critiqué le système de détention de l'ONU pour son traitement de l'ancien commandant. Mais Belgrade doit également tenir compte de la réaction de ses voisins et de ses partenaires européens, pour qui Mladic reste étroitement associé au massacre de Srebrenica et au siège de Sarajevo.

Srebrenica reste une ligne de fracture régionale

La signification du retour de Mladic dépasse largement la Serbie. Pour les familles des personnes tuées à Srebrenica, il reste l'une des figures centrales associées aux crimes commis pendant la guerre de Bosnie. Pour une partie de la communauté serbe de Bosnie, cependant, son héritage est toujours encadré par la défense des territoires contrôlés par les Serbes pendant le conflit.

Ces interprétations concurrentes du passé continuent de façonner la politique à travers la Bosnie-Herzégovine. Les mêmes événements peuvent être présentés soit comme une campagne de violence ethnique et de génocide, soit comme faisant partie d'un récit plus large d'un conflit dans lequel les Serbes défendaient leurs communautés. Le désaccord ne se limite pas aux livres d'histoire : il continue d'influencer la rhétorique politique, les relations entre les communautés et les perspectives de réconciliation.

Plus de trois décennies après la fin de la guerre, la région n'a toujours pas pleinement échappé à son héritage. Les accords de Dayton ont mis fin aux combats mais ont laissé la Bosnie-Herzégovine avec une structure politique profondément divisée, construite autour de ses groupes ethniques constitutifs. Les questions de responsabilité, de mémoire et d'identité nationale restent profondément ancrées dans la politique des Balkans occidentaux.

Les ambitions européennes de la Serbie face à son passé

La controverse a également des conséquences sur les relations de la Serbie avec l'Union européenne. Belgrade continue de présenter l'adhésion à l'UE comme un objectif stratégique, mais son approche de l'héritage des guerres yougoslaves reste étroitement surveillée à Bruxelles. La question est particulièrement sensible en ce qui concerne la glorification de personnes condamnées pour crimes de guerre et l'engagement du pays en faveur de la réconciliation régionale.

Les funérailles de Mladic pourraient donc devenir un autre test de la capacité de la Serbie à concilier sa politique intérieure avec ses ambitions européennes. Une cérémonie perçue comme célébrant l'ancien commandant risquerait de renforcer les critiques selon lesquelles Belgrade n'a pas pleinement affronté l'héritage des guerres. Pour les décideurs européens, la question n'est pas simplement de savoir comment la Serbie se souvient de Mladic, mais si ses institutions politiques sont prêtes à accepter les principes de responsabilité et de réconciliation qui sous-tendent le processus d'adhésion à l'UE.

Le gouvernement serbe est également confronté à un exercice d'équilibre interne. Toute tentative de se distancier trop nettement de Mladic pourrait provoquer l'opposition des groupes nationalistes et de ses partisans qui le considèrent comme un symbole de la lutte de la Serbie en temps de guerre. Dans le même temps, permettre que ses funérailles deviennent une célébration ouvertement politique pourrait compliquer davantage les relations de Belgrade avec Bruxelles et avec les pays de la région.

Le passé reste présent

La mort de Mladic n'a pas mis fin aux controverses entourant son héritage. Son retour en Serbie a plutôt montré à quel point les guerres des années 1990 restent profondément ancrées dans la vie politique des Balkans occidentaux. Les funérailles ramèneront ces questions non résolues sur la place publique à un moment où la Serbie tente encore de concilier ses relations régionales avec sa direction européenne déclarée.

La question plus large n'est pas de savoir si Mladic peut être enterré dans le pays où il est né. C'est ce que son enterrement représentera. Pour certains, ce sera le retour d'un ancien général ; pour d'autres, le retour d'un homme dont les crimes ont été établis par les tribunaux internationaux. Cette division reste l'un des exemples les plus clairs de la raison pour laquelle l'héritage politique des guerres yougoslaves continue de façonner les Balkans des décennies après la fin des combats.

Sources : Novina, AP, Balkan Insight, The New York Times, European Western Balkans

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