Élections en Israël : Netanyahou privé de majorité, les partis arabes en position d'arbitre

Le bloc de Netanyahou obtiendrait 53 à 54 sièges contre 48 à 49 pour l'opposition d'Eisenkot ; la majorité de 61 sièges dépend désormais des partis arabes.
Son bloc de droite obtiendrait entre 53 et 54 sièges à la Knesset, qui en compte 120, contre 48 à 49 pour l'alliance d'opposition d'Eisenkot. La majorité requiert 61 sièges.
Les chiffres peuvent encore évoluer. Environ 600 000 bulletins déposés par des soldats et des diplomates n'ont pas encore été intégrés au décompte final, dont la certification est prévue le 4 novembre. Mais le résultat qui se dessine a déjà mis au jour un problème qu'un nouveau cycle de négociations de coalition pourrait avoir du mal à résoudre.
La survie de Netanyahou n'est pas une victoire
Le Likoud reste le premier parti d'Israël, avec environ 21,45 % des voix. Après les dégâts politiques causés par les défaillances sécuritaires du 7 octobre, c'est une démonstration considérable du soutien dont bénéficie encore Netanyahou.
C'est aussi insuffisant.
Ses alliés traditionnels ne peuvent actuellement lui apporter la majorité parlementaire dont il a besoin. Aucun groupe de parlementaires extérieur à son bloc n'apparaît non plus prêt à fournir les sièges manquants.
Eisenkot a ses propres difficultés. Son parti Yashar ! a établi une alternative centriste substantielle, en attirant des électeurs qui veulent un autre gouvernement sans abandonner les priorités sécuritaires établies d'Israël.
Ancien chef d'état-major des Forces de défense israéliennes, Eisenkot est loin d'être un outsider défiant l'establishment militaire. Ses divergences avec Netanyahou portent moins sur les objectifs de la politique de sécurité israélienne que sur la direction chargée de les mettre en œuvre.
Les deux hommes soutiennent le démantèlement de l'infrastructure militaire du Hamas. Aucun des deux ne prône une approche plus conciliante face aux ambitions régionales de l'Iran.
Eisenkot s'est en revanche concentré sur la question à laquelle Netanyahou s'est à plusieurs reprises opposé : une commission d'enquête officielle de l'État sur les défaillances entourant les attaques du 7 octobre 2023.
Cette exigence a un poids politique considérable. Elle explique aussi pourquoi une coalition apparemment simple entre les deux principaux camps serait difficile à négocier.

Eisenkot a construit sa candidature sur l'argument selon lequel Israël a besoin d'une autre forme de direction politique et d'une plus grande redevabilité. Rejoindre Netanyahou au gouvernement pourrait le conduire à défendre précisément l'arrangement qu'il a combattu durant toute la campagne.
Pour Netanyahou, en revanche, l'élection a offert un répit. Il reste Premier ministre, conserve le contrôle du gouvernement de transition et dispose du temps nécessaire pour explorer d'éventuels accords.
Le prix à payer est l'incertitude sur la durée que cet arrangement pourra tenir.
Les électeurs qu'aucun camp ne peut ignorer
Le changement le plus frappant de la nouvelle Knesset est la taille de la représentation parlementaire arabe.
La participation des citoyens palestiniens d'Israël est estimée à 80 %, ce qui a aidé les partis arabes à remporter entre 17 et 19 sièges. La Liste commune obtiendrait environ 12 sièges, le Ra'am de Mansour Abbas en détenant environ sept.
Pendant des années, les principaux calculs de coalition ont porté sur des combinaisons de partis juifs. Les derniers chiffres rendent cette approche de plus en plus difficile à maintenir.
Le bloc d'Eisenkot ne peut atteindre 61 sièges à lui seul. L'alliance de Netanyahou est également en deçà. Les parlementaires arabes se trouvent donc en position d'influencer qui gouverne, qui reste dans l'opposition et si une nouvelle élection devient nécessaire.

Il existe toutefois une distinction importante entre détenir des voix décisives et être invité à exercer le pouvoir.
Certains dirigeants de l'opposition restent réticents à former un gouvernement incluant formellement des partis arabes ou dépendant de leur soutien. Les objections sont politiques plutôt que mathématiques, ancrées dans des désaccords sur l'identité nationale, la sécurité et les limites acceptables des alliances gouvernementales.
Abbas, dont le parti Ra'am a adopté une approche plus pragmatique de la coopération parlementaire, pourrait apporter une partie de la solution.
Une option en discussion est un gouvernement minoritaire soutenu de l'extérieur par des parlementaires arabes. Eisenkot pourrait chercher à gouverner sans offrir de portefeuilles ministériels au Ra'am, en s'appuyant plutôt sur ses voix pour maintenir son administration en fonction.
Un tel arrangement exigerait des négociations minutieuses. Un soutien extérieur pourrait suffire à former un gouvernement, mais le maintenir à travers des décisions contestées serait un autre défi.
Les opérations militaires d'Israël et sa politique à l'égard de Gaza pourraient rapidement révéler des désaccords entre une administration centriste attachée à la sécurité et les partis arabes qui la soutiennent.
L'alternative n'est guère plus confortable pour l'opposition : rejeter ces voix et risquer de laisser Netanyahou au pouvoir ou de renvoyer le pays aux urnes.
La poussée de la participation arabe a donc créé un problème pour des responsables politiques qui disposaient auparavant d'une plus grande liberté pour exclure les partis arabes de leurs projets de coalition.
Leurs voix comptent désormais trop pour être écartées.
Un gouvernement capable d'agir, mais pas de planifier avec assurance
Israël a déjà connu ce type d'incertitude politique. Entre 2019 et 2022, des élections répétées et des négociations de coalition infructueuses ont fait de la formation d'un gouvernement une préoccupation nationale récurrente.
La différence aujourd'hui tient à l'environnement sécuritaire.
L'administration de transition de Netanyahou reste responsable de la conduite du pays. L'armée et les services de sécurité poursuivent leur travail, et l'absence d'une coalition nouvellement formée n'empêche pas l'État de répondre aux menaces immédiates.
Mais gouverner à travers une impasse politique prolongée devient plus difficile lorsque les décisions exigent un soutien parlementaire durable.
Israël doit gérer les conséquences du conflit à Gaza tout en affrontant des tensions régionales persistantes. Certains choix concerneront des priorités militaires. D'autres porteront sur la diplomatie, les dépenses publiques et les arrangements à plus long terme nécessaires après les combats.
Un Premier ministre négociant sa survie politique peut avoir moins de marge pour prendre des engagements susceptibles d'aliéner de futurs partenaires de coalition.
Un chef de l'opposition espérant le remplacer fait face à un problème comparable. Eisenkot devrait concilier des partis dont les positions sur la politique intérieure et la représentation palestinienne peuvent considérablement différer, même lorsqu'ils s'accordent sur les intérêts sécuritaires d'Israël.
Aucun des deux arrangements ne promet un programme législatif facile.
Le désaccord sur une commission d'enquête sur le 7 octobre ajoute une complication supplémentaire. Pour Eisenkot, enquêter sur les défaillances est une part essentielle du rétablissement de la redevabilité. La résistance de Netanyahou rend difficile de séparer cette question de celle de savoir qui doit diriger le prochain gouvernement.
Deux camps politiques peuvent s'accorder sur les menaces auxquelles leur pays fait face et rester incapables de s'entendre sur un gouvernement capable d'y répondre.
L'élection israélienne a produit précisément cette situation.
Herzog dispose de peu d'options faciles
Le président Isaac Herzog a appelé à des consultations de coalition ouvertes, espérant éviter une nouvelle période de paralysie politique.
Sa responsabilité immédiate est de superviser le processus par lequel un chef de parti reçoit un mandat pour former un gouvernement.
Ce processus offre des possibilités de négociation, mais ne peut garantir un accord. Un candidat doit convaincre suffisamment de parlementaires de soutenir un arrangement gouvernemental. Si les tentatives successives échouent, une nouvelle élection devient possible.
Un gouvernement d'unité réunissant le Likoud et les alliés centristes d'Eisenkot pourrait sembler attrayant sur le papier. Il pourrait réduire la dépendance à l'égard de factions plus petites et offrir un soutien parlementaire plus large pendant une période d'insécurité régionale.
Pourtant, les désaccords personnels et politiques sont substantiels.
Netanyahou devrait trouver un compromis avec des adversaires exigeant un examen des défaillances survenues sous sa direction. Eisenkot devrait expliquer en quoi s'allier au sortant représenterait un changement significatif.
Le président peut presser les deux parties de négocier. Il ne peut pas faire disparaître ces contradictions.
Reste aussi la question non résolue du décompte final des voix.
Le Shin Bet a alerté la Commission électorale centrale sur une possible ingérence étrangère et un possible achat de voix dans le secteur arabe. Le président de la commission a ordonné une enquête.
Les allégations n'ont pas été établies, et il reste difficile de savoir si l'enquête affectera des résultats ou le processus de certification. Compte tenu de la participation arabe exceptionnellement élevée et de l'importance de ces sièges pour les négociations de coalition, l'enquête devrait faire l'objet d'un examen attentif.
Tant que les bulletins restants n'auront pas été comptés et les résultats certifiés, les responsables politiques négocieront sur la base de chiffres encore provisoires.
Une nouvelle élection pourrait régler bien peu de choses
L'échec de la formation d'un gouvernement pourrait renvoyer les Israéliens aux urnes d'ici le printemps 2027.
Une nouvelle campagne consommerait des ressources publiques et l'attention politique à un moment où le pays fait face à des choix sécuritaires et économiques exigeants. Elle prolongerait aussi l'incertitude entourant la capacité du gouvernement à poursuivre un programme intérieur cohérent.
Rien ne garantit qu'une nouvelle élection produirait un Parlement plus viable.
Les partisans de Netanyahou sont restés suffisamment nombreux pour le maintenir politiquement pertinent, malgré les controverses entourant sa direction. Eisenkot a attiré un soutien substantiel de l'opposition sans obtenir de majorité. Parallèlement, la mobilisation des électeurs arabes a introduit une force parlementaire qui ne peut être facilement absorbée dans la coalition préférée de l'un ou l'autre camp.
Ce ne sont pas des problèmes qu'un nouveau scrutin résoudrait automatiquement.
Un gouvernement minoritaire pourrait offrir une voie de sortie, même si sa survie dépendrait d'accords vulnérables aux différends sur la politique de sécurité. Une coalition d'unité pourrait apporter une plus grande stabilité, mais seulement si ses participants acceptaient des compromis qui vont actuellement à l'encontre de leurs positions politiques.
Pour Netanyahou, prolonger les négociations préserve sa position à court terme. Pour Eisenkot, le défi est de transformer les gains électoraux en une administration viable sans abandonner les exigences de redevabilité qui le distinguent du Premier ministre.
Les partis arabes font face à un calcul différent. Leur représentation accrue leur donne un pouvoir de négociation, mais l'exercer pourrait nécessiter de soutenir un gouvernement dont ils n'approuvent pas pleinement la politique de sécurité.
La difficulté centrale n'est plus simplement de trouver 61 parlementaires. Il s'agit de trouver 61 parlementaires prêts à accepter la légitimité d'un même gouvernement, y compris le rôle joué par les représentants arabes pour le porter au pouvoir.
Israël pourrait découvrir que sa prochaine coalition ne peut être assemblée qu'en franchissant une frontière politique que nombre de ses dirigeants ont refusé de franchir pendant des années.
Sources : AP, The Times of Israel, Reuters, The New York Times
