Manifestations pour l'éducation en France et en Belgique : comment les coupes budgétaires scolaires et la hausse des frais de scolarité ont déclenché la nouvelle vague anti-austérité en Europe

Elise Aranda
Publié 8 octobre 2026 · 23 vues
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Manifestations pour l'éducation en France et en Belgique : comment les coupes budgétaires scolaires et la hausse des frais de scolarité ont déclenché la nouvelle vague anti-austérité en Europe
Editorial Collage

Des coupes budgétaires dans l'éducation en Belgique et en France déclenchent une vague de manifestations anti-austérité à travers l'Europe, alors que les gouvernements peinent à concilier finances publiques et services publics.

L'éducation est particulièrement exposée parce que l'écart entre le tableur d'un ministère et une salle de classe est immédiat. Une réduction des dépenses peut signifier un enseignant en moins, une classe plus surchargée, un bâtiment non réparé ou une heure supplémentaire ajoutée à la charge de travail d'un enseignant. Une hausse des frais de scolarité arrive directement dans le budget d'un ménage.

Cela fait de l'éducation un test exceptionnellement puissant pour mesurer jusqu'où les gouvernements européens peuvent pousser l'austérité sans provoquer une résistance qui s'étende au-delà du groupe initialement touché.

L'arithmétique belge atteint la salle de classe

La Belgique offre l'illustration la plus claire du mécanisme.

La Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté le 5 juin un plan d'austérité de 500 millions d'euros, destiné à ramener un déficit annuel de 1,6 milliard d'euros en 2026 à 1,2 milliard. Le plan doit générer des économies jusqu'en 2029, mais certaines de ses mesures les plus politiquement sensibles ont immédiatement touché les étudiants et les enseignants.

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Students protest against educational reforms introduced by Valérie Glatigny, vice-president and minister of education for the Fédération Wallonie-Bruxelles, the French Community of Belgium, in Brussels on October 6, 2026. STEPHANIE LECOCQ/REUTERS

Pour environ 58 pour cent des étudiants universitaires, les frais de scolarité annuels maximaux passent de 835 à 1 194 euros dans le cadre d'un nouveau système à quatre tranches fondé sur le revenu. Les étudiants boursiers restent exemptés, tandis que les autres se répartissent entre des tranches de 374, 835 ou 1 194 euros.

Pour un gouvernement qui équilibre un budget régional, ce changement est une mesure de recettes. Pour un ménage à revenu intermédiaire, c'est un nouveau coût récurrent attaché à une voie d'accès de base à l'enseignement supérieur.

Cette distinction aide à expliquer pourquoi le conflit s'est rapidement étendu au-delà des frais de scolarité.

Les enseignants du secondaire des quatrième à sixième années doivent également voir leur charge d'enseignement passer de 20 à 22 heures par semaine sans rémunération supplémentaire. Le plan comprend un contrôle plus strict des congés maladie, une réduction des avantages de fin de carrière et des coupes dans les fournitures scolaires gratuites, ainsi que des coûts de transport plus élevés et des classes déjà surchargées.

Le risque politique est que des mesures distinctes commencent à se renforcer mutuellement. Les étudiants voient l'éducation devenir plus chère tandis que sa qualité et ses conditions semblent se détériorer. Les enseignants voient un travail supplémentaire imposé alors que les conditions d'emploi se durcissent. Ce qui aurait pu rester une collection de griefs individuels devient un argument commun sur la question de savoir qui est appelé à absorber le coût de l'assainissement budgétaire.

Du 5 au 7 octobre, les manifestations à Liège ont dégénéré en affrontements, incendies criminels et dégradations de biens. La police a utilisé des gaz lacrymogènes, et la ville a signalé 107 arrestations depuis le début du mois, dont 27 arrestations judiciaires. Dix-huit policiers ont été signalés blessés. Les autorités ont imposé une interdiction des rassemblements en plein air de plus de trois personnes jusqu'au 16 octobre et fermé temporairement la gare centrale de Liège.

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French high school students sit on barricades outside the Lycee Lamartine high school in Paris, as part of nationwide protests to demand better school conditions in France, October 8, 2026. REUTERS/Pedro Nunes

La violence a créé un second problème pour le gouvernement : comment défendre la politique budgétaire tout en séparant la protestation légitime du désordre.

La ministre de l'Éducation Valérie Glatigny a défendu les mesures d'austérité comme nécessaires pour garantir les salaires des enseignants et a exhorté les étudiants à retourner en classe. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Quintin a affirmé que des militants d'extrême gauche ont contribué à alimenter les troubles, tandis que le Front antifasciste de Liège a rejeté cette affirmation.

Ces différends comptent politiquement, mais ils ne résolvent pas l'arithmétique sous-jacente.

La France affronte la même pression à plus grande échelle

Les manifestations en France sont plus larges et plus lourdes de conséquences politiques.

Pendant trois semaines consécutives, des lycéens et des enseignants ont bloqué des établissements, érigé des barricades et manifesté dans plus de 40 villes, dont Paris, Nantes, Rennes, Marseille et Toulon. Plus de 266 000 personnes ont rejoint les manifestations à l'échelle nationale mardi.

Le déclencheur immédiat n'est pas une réforme unique. Ce sont des années de détérioration de l'enseignement secondaire : des infrastructures vieillissantes et dangereuses, des pénuries de personnel, des classes surchargées et des difficultés à trouver des enseignants remplaçants, y compris dans des matières fondamentales comme les mathématiques et l'anglais.

Ces problèmes se sont accumulés en particulier dans les établissements des banlieues populaires, transformant ce qui aurait pu autrefois être une question d'entretien en une perception plus large d'abandon institutionnel.

Le gouvernement tente désormais de répondre sans perdre le contrôle du récit budgétaire.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis des "concrete, quick, and fully funded responses" d'ici la fin octobre. Pourtant, la marge de manœuvre du gouvernement est contrainte par le déficit budgétaire de la France et la hausse des coûts d'emprunt souverain. Le même État à qui l'on demande de réparer les écoles est sous pression pour convaincre les marchés obligataires et les institutions européennes qu'il peut maîtriser les finances publiques.

C'est la contradiction centrale derrière les manifestations.

Manifestations pour l'éducation en France et en Belgique : comment les coupes budgétaires scolaires et la hausse des frais de scolarité ont déclenché la nouvelle vague anti-austérité en Europe
A French high school student confronts people who want to prevent her from building a barricade, outside the Lycee Lamartine high school in Paris, as part of nationwide protests to demand better school conditions in France, October 8, 2026. REUTERS/Pedro Nunes

Un gouvernement peut reconnaître la détérioration des services publics. Il peut même convenir que des dépenses sont nécessaires pour les réparer. Mais trouver l'argent pour ces dépenses devient politiquement difficile lorsque les coûts du service de la dette augmentent et que d'autres demandes d'urgence se disputent les mêmes ressources. La France a déjà dû réaffecter des ressources substantielles en 2026, notamment 2 milliards d'euros de prêts sans intérêt et un plan d'urgence de 1,3 milliard d'euros pour les agriculteurs après les canicules.

Lecornu fait donc face à un problème qui ne peut être résolu par la seule promesse de plus d'argent.

La promesse elle-même crée des attentes. La tenir exige des choix ailleurs.

Quand le dialogue social cède la place au maintien de l'ordre

La réponse aux manifestations révèle aussi un autre changement.

La France a suspendu le 7 octobre l'usage des grenades de désencerclement après qu'un manifestant de 15 ans a perdu une main, tout en maintenant une présence policière autour des manifestations. En Belgique, Liège a eu recours à des restrictions des rassemblements publics et à des mesures touchant les commerces et les transports.

Ce sont des réponses compréhensibles dès lors que les manifestations produisent des blessés, des incendies et des dégradations de biens. Mais elles risquent aussi de changer la nature du conflit.

Un conflit qui commence sur la charge de travail des enseignants ou les frais de scolarité devient une question d'ordre public. Des étudiants descendus dans la rue pour la politique éducative rencontrent des policiers antiémeute. Les autorités municipales ferment des pôles de transport et restreignent les rassemblements. Les gouvernements doivent de plus en plus gérer les conséquences de la protestation plutôt que négocier les conditions qui l'ont produite.

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A protester faces French CRS riot police officer outside Lycee Helene-Boucher high school, as students block the road, during nationwide protests in Paris, France, October 8, 2026, to demand better school conditions. REUTERS/Pedro Nunes

Cela peut faire gagner du temps. Cela ne supprime pas la pression budgétaire sous-jacente à la confrontation.

Cela n'explique pas non plus pourquoi les étudiants et le monde syndical ont trouvé si rapidement un terrain d'entente.

Le Portugal offre un parallèle révélateur : les enseignants ont lancé une grève illimitée contre le travail non rémunéré au-delà de la semaine légale de 35 heures. En Irlande, les étudiants universitaires protestent contre les frais de scolarité, en même temps que contre la pénurie de logements et les tarifs de transport. En Espagne, les actions étudiantes ont combiné les préoccupations éducatives avec le poids des coûts du logement pour les jeunes.

Les griefs diffèrent. Le schéma est reconnaissable.

La protestation franchit les frontières parce que le problème est partagé

Rien dans la note d'information n'indique qu'une organisation unique coordonne les manifestations à travers l'Europe. La propagation de la France vers la Belgique ne doit donc pas être prise pour la preuve d'une coordination centralisée.

L'explication la plus solide est structurelle.

Les gouvernements d'Europe occidentale et méridionale passent des dépenses exceptionnelles de la période pandémique à une gestion budgétaire plus stricte, alors que les infrastructures publiques restent sous tension. Les coûts d'emprunt souverain rendent la dette plus chère, tandis que les gouvernements font face à des demandes de rétablissement de services qui ont accumulé des années de sous-investissement.

Les jeunes rencontrent le résultat précisément au moment où se forment leurs attentes concernant l'âge adulte.

Ils font face à des coûts d'études supérieures plus élevés, à un logement cher, à des frais de transport et à des institutions publiques qui semblent moins capables de fournir les services que les générations précédentes tenaient pour acquis. Les enseignants rencontrent la même pression de l'autre côté : plus de travail, des conditions d'emploi plus strictes et des pénuries persistantes.

L'alliance entre étudiants et travailleurs du secteur public est donc plus qu'un développement tactique.

Elle relie deux groupes aux intérêts immédiats différents autour d'une perception partagée que la consolidation budgétaire se paie par la détérioration de biens publics essentiels.

C'est pourquoi le conflit belge a dépassé la question des frais de scolarité eux-mêmes, et pourquoi les manifestations françaises ne peuvent être réduites à des bâtiments scolaires endommagés.

L'élection française rend le conflit plus difficile à contenir

Les conséquences politiques sont particulièrement vives en France, où les manifestations surviennent six mois avant l'élection présidentielle qui remplacera Emmanuel Macron.

Marine Le Pen a répondu en combinant un soutien à des mesures d'ordre public plus strictes avec des exigences de réduction des dépenses publiques, notamment des appels à ce que les manifestants violents ou leurs parents paient pour les réparations des écoles.

Jean-Luc Mélenchon a pris la position inverse, saluant les étudiants et condamnant les tactiques policières.

Manifestations pour l'éducation en France et en Belgique : comment les coupes budgétaires scolaires et la hausse des frais de scolarité ont déclenché la nouvelle vague anti-austérité en Europe
Protesters pushe against French CRS riot police outside Lycee Helene-Boucher high school, during nationwide protests in Paris, France, October 8, 2026, to demand better school conditions. REUTERS/Pedro Nunes

La confrontation offre aux deux camps une ligne de clivage politique toute prête. Pour la gauche radicale, l'éducation offre un exemple tangible de l'argument selon lequel l'austérité est un choix politique plutôt qu'une loi économique inévitable. Pour l'extrême droite, le désordre autour des écoles fournit l'occasion de lier les dépenses publiques à des exigences d'autorité et de responsabilité renforcées.

Le centre se retrouve dans la position la plus difficile : accepter que le système éducatif ait besoin d'argent tout en opérant sous les contraintes qui rendent les dépenses supplémentaires politiquement et financièrement difficiles.

Un sondage Elabe pour BFM TV saisit cette ambiguïté. Soixante-douze pour cent des personnes interrogées jugeaient les revendications des étudiants légitimes, tandis que 55 pour cent estimaient que les manifestations de rue devaient cesser.

Ce clivage est précisément le terrain sur lequel un gouvernement peut perdre le contrôle du récit politique. Le public peut être d'accord avec le grief tout en rejetant la méthode pour l'exprimer.

La consultation en ligne du gouvernement français auprès des étudiants a recueilli plus de 43 000 contributions lors de ses deux premiers jours. Jeudi matin, 224 lycées étaient fermés et 151 autres partiellement ouverts, bien que 94 pour cent fonctionnaient entièrement ou partiellement.

La pression immédiate peut donc s'atténuer sans que le conflit sous-jacent disparaisse.

La question plus difficile est de savoir ce qui se passe lorsque les gouvernements à travers l'Europe découvrent que les institutions dont ils demandent aux citoyens d'accepter moins sont les mêmes institutions dont dépend la croissance future. Un enseignant travaillant deux heures supplémentaires sans rémunération additionnelle, une famille confrontée à une facture de scolarité de 1 194 euros ou un étudiant faisant face à une nouvelle hausse du coût de la vie ne vit pas la consolidation budgétaire comme une amélioration abstraite des finances publiques.

Ils la vivent comme une réduction de la promesse de l'État.

Et une fois cette perception ancrée chez les étudiants et le personnel du secteur public réunis, le problème budgétaire ne se limite plus aux ministères des Finances. Il devient un problème de légitimité politique.

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Sources : Le Monde, Reuters, Franse24, I\`Avenir

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