La résilience des entreprises suisses commence à se fissurer

Jian Oren
Publié 12 août 2026 · 8 vues
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La résilience des entreprises suisses commence à se fissurer
Editorial Collage

Les difficultés financières des entreprises suisses atteignent 6,8 % en 2025, un plus haut de quatre ans, mais restent inférieures à la moyenne européenne. La résilience suisse est testée par la force du franc, la faiblesse de la demande et les chocs géopolitiques.

La Suisse a longtemps été l'une des économies d'entreprise les plus solides d'Europe, mais les dernières données suggèrent que même son secteur commercial traditionnellement résilient ressent la pression d'un environnement européen en détérioration. Les difficultés financières parmi les entreprises suisses ont atteint 6,8 % en 2025, contre 6,2 % un an plus tôt et 3,8 % en 2022, marquant la quatrième augmentation annuelle consécutive. Ce chiffre reste bien en dessous de la moyenne européenne de 9,2 %, mais la tendance devient de plus en plus difficile à ignorer.

Ces chiffres proviennent du dernier A&M Distress Alert d'Alvarez & Marsal, qui a examiné plus de 15 000 entreprises ayant des revenus annuels supérieurs à 20 millions d'euros sur 33 marchés européens et du Golfe. L'analyse combine des mesures de performance d'entreprise et de solidité du bilan pour identifier les entreprises subissant une pression financière significative. Dans toute l'Europe, 1 411 entreprises ont été classées comme en difficulté en 2025, tandis que les difficultés financières ont augmenté dans 10 des 12 secteurs examinés.

La Suisse reste plus forte que ses voisins

La position suisse semble encore relativement favorable. La France a enregistré un taux de difficultés de 12,4 % et l'Allemagne de 12,1 %, tous deux nettement supérieurs à celui de la Suisse (6,8 %). Au niveau européen, la détérioration est devenue généralisée plutôt que concentrée dans quelques industries, avec des bénéfices plus faibles comme principal moteur des difficultés des entreprises.

Les bilans sous-jacents des entreprises suisses restent également relativement solides. La proportion d'entreprises classées comme manquant de performance opérationnelle a diminué de 13,7 % à 13,0 %, tandis que la part manquant de robustesse du bilan est passée de 20,5 % à 19,9 %. En Europe, les chiffres correspondants étaient considérablement plus élevés, à 14,9 % et 28,4 %. Cela suggère que la hausse des difficultés en Suisse n'est pas encore une détérioration généralisée de l'ensemble du secteur des entreprises, mais qu'elle se concentre de plus en plus sur les entreprises confrontées à des pressions structurelles ou de marché spécifiques.

Cette distinction est importante. La Suisse a plus de marge que de nombreuses économies européennes pour absorber un ralentissement, car ses entreprises entrent généralement dans des périodes d'incertitude avec des bilans plus solides et des structures de financement plus conservatrices. Mais la résilience peut retarder les effets d'un choc externe plutôt que de les éliminer.

Les exportateurs confrontés à une combinaison difficile

L'un des plus grands points de pression est le franc suisse. La force de la monnaie est devenue un problème persistant pour les entreprises dont les revenus dépendent des marchés internationaux. Un franc plus fort rend les produits suisses plus chers à l'étranger et réduit la valeur des revenus étrangers lorsqu'ils sont convertis en monnaie nationale, ce qui exerce une pression supplémentaire sur des marges déjà contraintes.

Cette vulnérabilité est particulièrement importante car le modèle économique suisse est profondément intégré au commerce mondial. Les entreprises peuvent rester financièrement saines pendant un certain temps tout en absorbant une demande étrangère plus faible, mais une pression prolongée sur les marchés d'exportation peut éventuellement se traduire par une baisse des investissements, des restructurations et des pertes d'emplois.

Les perspectives économiques générales deviennent également moins favorables. L'Institut économique suisse KOF a réduit ses prévisions de croissance du PIB suisse pour 2026 à 0,8 %, contre 1,0 %, en raison des effets de la guerre en Iran et de la hausse des prix du pétrole. La combinaison d'une demande mondiale plus faible, de perturbations géopolitiques et d'une énergie plus chère crée un environnement plus difficile pour les fabricants et les exportateurs.

L'automobile et le commerce de détail déjà sous tension

La détérioration est particulièrement visible dans plusieurs secteurs suisses. L'automobile est désormais le secteur le plus en difficulté du pays, avec 20 % des entreprises classées comme financièrement en difficulté. Le commerce de détail spécialisé suit à 16,7 %, tandis que l'énergie et les services publics se situent à 12,5 %.

L'énergie et les services publics ont enregistré la détérioration la plus marquée, avec une augmentation des difficultés de 12,5 points de pourcentage sur un an. Les technologies de l'information ont augmenté de 8,3 points de pourcentage, tandis que la fabrication a augmenté de 6,3 points de pourcentage. Les détaillants sont confrontés à une demande de consommation faible, tandis que l'inflation relativement faible limite leur capacité à répercuter la hausse des coûts sur les clients, laissant moins de marge pour protéger les marges.

Les pressions ne se limitent pas aux entreprises déjà classées comme en difficulté. Les faillites d'entreprises suisses ont également fortement augmenté. CRIF a signalé 6 075 faillites d'entreprises entre janvier et mai 2026, soit 58,4 % de plus que sur la même période de 2025. La construction, l'alimentation et les boissons, et le commerce de détail figuraient parmi les secteurs particulièrement touchés.

Le problème plus large des entreprises européennes est plus grave

Le taux de difficultés de 6,8 % en Suisse devient plus significatif lorsqu'on le compare au contexte européen plus large. Le taux de difficultés des entreprises européennes a atteint 9,2 % en 2025, contre 8,3 % en 2024, soit le niveau le plus élevé en quatre ans. Le commerce de détail de mode était le secteur européen le plus en difficulté à 14,1 %, suivi de la chimie à 12 % et des médias, du divertissement et des services connexes à 11,7 %. L'automobile et la fabrication se sont également fortement détériorées.

La Banque centrale européenne a également identifié une augmentation des faillites d'entreprises dans la zone euro, bien que la qualité globale des actifs bancaires pour les prêts aux entreprises soit restée globalement stable. Cette divergence indique que la hausse des insolvabilités ne s'est pas encore traduite par une détérioration comparable des portefeuilles de prêts aux entreprises des banques.

La préoccupation est de savoir ce qui se passera si les difficultés des entreprises continuent de se propager. L'analyse d'A&M couvre les données financières jusqu'en 2025, ce qui signifie que certaines pressions apparues plus tard n'ont pas encore été entièrement intégrées dans les chiffres. A&M s'attend à ce que les difficultés des entreprises augmentent encore au cours des 18 à 24 prochains mois, alors que les entreprises sont confrontées à des bénéfices plus faibles, aux coûts de l'énergie, aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement et à une marge de manœuvre financière limitée.

L'avantage de la Suisse peut devenir un tampon, pas un bouclier

Pour la Suisse, l'histoire immédiate n'est donc pas celle d'une faiblesse systémique des entreprises. Ses entreprises restent considérablement plus résilientes que leurs homologues européennes, et plusieurs indicateurs de bilan se sont en fait améliorés. Le développement le plus important est que le pays a maintenant connu quatre années consécutives de hausse des difficultés financières.

Cela fait de l'économie suisse un indicateur important de l'évolution des pressions sur les entreprises en Europe. Si des entreprises avec des bilans comparativement solides sont de plus en plus poussées vers la détresse, les entreprises plus faibles ailleurs en Europe pourraient avoir encore moins de capacité à absorber une nouvelle détérioration de la demande, des prix de l'énergie ou des conditions de financement.

La Suisse dispose encore d'un tampon financier substantiel. Mais les derniers chiffres montrent que ce tampon est testé de plusieurs directions à la fois : une monnaie forte comprime les exportateurs, les consommateurs restent prudents, les secteurs industriels sont confrontés à la concurrence internationale, et la disruption technologique modifie les modèles d'affaires établis. La résilience du pays devient donc moins une question d'éviter le ralentissement européen qu'une question de savoir combien de temps son secteur des entreprises peut rester en avance sur lui.

Source : TradingView, CRIF

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