Les Verts britanniques votent pour classer le sionisme comme racisme, provoquant une fracture européenne et des sanctions israéliennes

Elise Aranda
Publié 6 octobre 2026 · 3 vues
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Les Verts britanniques votent pour classer le sionisme comme racisme, provoquant une fracture européenne et des sanctions israéliennes
Editorial Collage

Le congrès des Verts britanniques adopte une motion qualifiant le sionisme de racisme, malgré l'opposition de quatre députés sur cinq. Une décision qui fracture la famille verte européenne et déclenche des sanctions israéliennes.

Quatre des cinq députés verts — Adrian Ramsay, Siân Berry, Carla Denyer et Caroline Lucas — se sont opposés à la motion. Le chef du parti, Zack Polanski, qui est juif, s'est abstenu, en campagne à Londres avant une élection législative partielle.

Le résultat met en évidence un problème structurel qui dépasse largement les Verts britanniques : dans les partis progressistes issus de mouvements, l'autorité des responsables élus peut être plus faible que celle des militants organisés de la base lorsque la démocratie interne du parti donne à ces derniers la voix décisive.

Les parlementaires ont perdu le parti

Le vote de Brighton est frappant parce que l'aile parlementaire n'a pas simplement perdu un débat serré. Elle a été largement débordée par son propre congrès.

Cette distinction compte. Les partis verts ont traditionnellement associé la politique électorale à une forte culture de mouvement, ce qui permet aux adhérents d'exercer une influence inhabituellement directe sur la ligne politique. Cela peut être un atout lorsque cela maintient les élus liés aux préoccupations de la base. Cela peut devenir un handicap lorsqu'une campagne militante organisée transforme une question complexe de politique étrangère en un test d'identité idéologique.

Le débat sur la Palestine est précisément devenu un tel test.

Les Verts britanniques votent pour classer le sionisme comme racisme, provoquant une fracture européenne et des sanctions israéliennes
Le chef du Parti vert, Zack Polanski, entouré des députées Hannah Spencer (à gauche) et Sian Berry (à droite) après son discours au congrès, vendredi. / PA

Les partisans de la résolution, dont le chef adjoint Mothin Ali, ont présenté la guerre à Gaza et le bilan des morts palestiniens après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 comme la raison centrale de leur position. Ils ont qualifié les actions d'Israël de nettoyage ethnique et de génocide. La motion est ensuite allée au-delà de la critique du gouvernement israélien pour rejeter catégoriquement le sionisme et le modèle étatique actuel d'Israël.

C'est un pas politique bien plus important.

Elle place les Verts en dehors de la position diplomatique défendue par les travaillistes, les conservateurs et les libéraux-démocrates, qui soutiennent tous une solution négociée à deux États. Elle met aussi le parti en conflit direct avec ses propres représentants parlementaires, qui doivent évoluer dans le cadre politique et institutionnel existant au Royaume-Uni.

Le congrès a donc fait quelque chose de plus lourd de conséquences qu'adopter une position controversée en politique étrangère. Il a démontré que le centre de gravité du parti peut se situer ailleurs qu'à Westminster.

D'un mouvement écologiste à une coalition idéologique

La transformation ne porte pas uniquement sur Israël.

L'identité politique d'origine du Parti vert s'est construite autour de l'écologie, mais sa culture militante a toujours laissé de la place à des critiques plus larges du capitalisme, de l'impérialisme et des inégalités. La résolution de Brighton montre comment la politique étrangère peut devenir le principe organisateur autour duquel ces courants convergent.

Cela crée une proposition politique inhabituelle. Un parti peut rester associé, sur le plan électoral, aux questions climatiques et environnementales tout en se définissant de plus en plus par ses positions sur les conflits internationaux.

Pour les militants, l'attrait est évident : la Palestine fournit un cadre reliant colonialisme, discrimination raciale, droits humains et rapports de force internationaux. Pour les élus, le calcul est plus difficile. Des positions de politique étrangère qui mobilisent des adhérents très engagés peuvent en même temps éloigner des électeurs dont les priorités sont intérieures.

La progression des Verts rend cette tension plus lourde de conséquences. Le parti a recueilli 6 % des voix aux élections législatives de juillet 2024 et obtenu cinq sièges à la Chambre des communes. Les sondages actuels le créditent d'environ 10 % des intentions de vote.

Un parti à ce niveau de soutien ne peut plus considérer ses batailles idéologiques internes comme politiquement insignifiantes.

La question est de savoir si le vote de Brighton élargit ou resserre sa coalition.

Une ligne de faille verte en Europe

La décision des Verts britanniques a déjà révélé à quel point les partis verts européens comprennent différemment le même conflit.

Felix Banaszak, co-dirigeant du parti allemand Bündnis 90/Die Grünen, a qualifié la résolution d'intolérable et inacceptable. Cette réaction est plus qu'un désaccord embarrassant entre partis alliés.

Le mouvement vert allemand évolue dans une culture politique profondément marquée par l'histoire du pays et par la Shoah. Les questions de sécurité juive, d'Israël et de légitimité de l'État occupent donc un espace politique différent de celui d'une partie de la gauche militante britannique.

Il en résulte une rupture inhabituelle au sein d'une famille politique européenne.

Pendant des décennies, les partis verts ont tiré profit de leur capacité à combiner politique électorale nationale et coopération transnationale. Il n'existe pourtant aucun accord automatique sur la manière dont la politique écologique doit se traduire en politique étrangère. Le vote britannique rend cette division explicite.

Pour les Verts européens, la question n'est plus de savoir si des adhérents peuvent être en désaccord sur Israël. Ils le peuvent manifestement. Elle est de savoir si un parti peut rester partie intégrante d'une famille politique européenne cohérente après avoir formellement adopté une position qu'un autre grand parti vert juge inacceptable.

Ce problème sera probablement plus difficile à résoudre qu'un différend politique ordinaire, car le désaccord porte sur des principes fondamentaux : souveraineté nationale, autodétermination, colonialisme et légitimité d'Israël en tant qu'État juif.

Le consensus des deux États n'est plus universel à gauche au Royaume-Uni

L'élément le plus lourd de conséquences de la résolution est peut-être son rejet du modèle des deux États.

Le Parti vert ne se contente pas d'appeler à une pression accrue sur Israël. Il soutient un État démocratique unique couvrant la Palestine historique, décrit dans la résolution comme s'étendant "from the river to the sea".

Cela place un parti parlementaire britannique en dehors du cadre diplomatique partagé par les trois principales traditions politiques représentées à Westminster : travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates.

Cela modifie aussi le débat intérieur.

Jusqu'à présent, le débat britannique sur Gaza pouvait largement se tenir dans les limites d'interprétations concurrentes sur la manière de parvenir à la création d'un État palestinien et à la sécurité d'Israël. La position verte introduit un objectif final fondamentalement différent. Elle pose la question de savoir si l'objectif politique doit être, ou non, celui de deux États.

Cela rend la ligne du parti plus difficile à concilier avec la position diplomatique britannique établie, quel que soit le soutien électoral qu'elle finira par attirer.

La sensibilité historique du vocabulaire est elle aussi incontournable. L'Assemblée générale de l'ONU a adopté en 1975 la résolution 3379, qui déclarait le sionisme une forme de racisme et de discrimination raciale, avant de la révoquer en 1991. Le Parti vert a désormais repris pour l'essentiel la même formulation politique au sein d'un système parlementaire occidental contemporain.

Cela ne rend pas les deux résolutions politiquement identiques. Les circonstances historiques sont différentes. Mais la comparaison explique pourquoi cette formulation pèse d'un poids aussi inhabituel.

La question de l'antisémitisme est désormais incontournable

La nouvelle position des Verts britanniques place aussi le parti en confrontation avec les principales organisations juives.

Le Board of Deputies of British Jews, le Jewish Leadership Council, le Community Security Trust, le grand rabbin Sir Ephraim Mirvis et le Movement for Progressive Judaism ont tous condamné la résolution, estimant qu'elle est intrinsèquement antisémite et avertissant de ses conséquences pour la sécurité de la communauté juive britannique.

Le différend ne peut se réduire à la question de savoir si la critique d'Israël est permise. Il porte sur la frontière entre l'opposition aux politiques d'un gouvernement et le rejet du sionisme comme fondement politique de l'autodétermination nationale juive.

La définition opérationnelle de l'antisémitisme de l'International Holocaust Remembrance Alliance (Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste), adoptée par le gouvernement britannique et les principaux partis politiques, inclut le fait de nier au peuple juif son droit à l'autodétermination, notamment l'affirmation selon laquelle l'existence d'Israël est une entreprise raciste.

Cela crée pour les Verts un environnement politiquement, et potentiellement institutionnellement, difficile. La définition de l'IHRA n'est pas en soi du droit pénal britannique, et la note d'information n'établit pas que l'adoption de la résolution par le parti crée automatiquement une responsabilité au titre de la législation sur l'égalité. Mais le recoupement entre le vocabulaire du parti et une définition établie, utilisée dans toute la vie publique britannique, garantit une polémique prolongée sur la frontière entre plaidoyer politique légitime et discrimination.

Pour un parti en quête d'une légitimité électorale plus large, c'est une vulnérabilité importante.

Israël a fait monter le coût diplomatique

La réponse d'Israël a été inhabituellement directe. Son ministère des Affaires étrangères a classé le Parti vert parmi les entités qui donnent une légitimité au terrorisme et l'a accusé d'adopter l'idéologie du Hamas. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a interdit à Zack Polanski l'entrée en Israël, tandis que le président Isaac Herzog a qualifié le vote de Brighton de honte.

La décision de viser personnellement le chef du parti ajoute une couche supplémentaire au différend.

Zack Polanski n'a pas voté pour la résolution. Il s'est abstenu en raison d'engagements de campagne à Londres, mais il représente désormais un parti dont la position officielle a déclenché des sanctions israéliennes.

Cela illustre la faiblesse des dirigeants de parti lorsque la démocratie de congrès produit une ligne qu'ils n'ont pas personnellement approuvée. La direction parlementaire doit défendre, appliquer ou expliquer une position qu'elle n'a pas choisie.

Et la décision d'Israël transforme ce qui aurait pu rester un différend interne à un parti britannique en une confrontation diplomatique internationale.

La question non résolue est électorale

Les Verts ont tiré de Brighton quelque chose de tangible : un foyer politique officiel pour les militants qui jugent inadéquat le consensus britannique actuel sur Israël et la Palestine. Le mouvement BDS et les militants pro-palestiniens disposent désormais d'un parti parlementaire dont la ligne nationale soutient explicitement leur position.

Mais cette même décision peut rendre les Verts moins attrayants pour des électeurs qui considèrent l'écologie comme leur préoccupation première plutôt que comme un point d'entrée vers un programme idéologique plus large.

Les rouages démocratiques internes du parti se sont révélés capables de produire un virage politique décisif même lorsque ses députés élus s'y opposent. C'est une force si l'objectif est de rester un parti de mouvement. Cela devient une faiblesse si la croissance électorale exige que la direction parlementaire maîtrise sa propre orientation politique.

Les Verts allemands ont déjà tracé une ligne. Les organisations juives britanniques en ont tracé une autre. Les autres grands partis de Westminster se situent de l'autre côté de la fracture diplomatique.

Les Verts britanniques doivent désormais fonctionner avec une contradiction au cœur de leur modèle politique : les militants ont pris le contrôle de la position du parti, tandis que les responsables politiques élus pour le représenter ont en grande partie rejeté cette position.

Sources : Reuters, France24, ITV, The Business Standarad

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